Visite théâtralisée : raconter l’histoire d’un lieu à travers ceux qui l’ont vécue

3–4 minutes
617 mots

Un lieu n’est jamais qu’un lieu.

Derrière un château, un manoir, une maison ou un bâtiment municipal, il y a toujours des histoires. Des personnes qui y ont vécu, aimé, travaillé, résisté, parfois souffert. C’est cette mémoire humaine que nous avons choisi de faire revivre à Verneuil-sur-Seine, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine.

Cette création sur mesure autour du Champclos, un terrain de 6 500 m² comprenant notamment un ancien manoir devenu au fil du temps un lieu municipal, nous a permis d’expérimenter une forme de visite théâtralisée que nous souhaitons aujourd’hui développer dans d’autres lieux.

Raconter l’histoire d’un lieu autrement

Pour cette création, nous ne voulions pas simplement raconter l’histoire du Champclos.

Nous avons imaginé une situation : un promoteur accueille de futurs investisseurs et leur fait visiter le terrain sur lequel il prévoit de construire de nouveaux immeubles. Une visite immobilière presque banale… jusqu’à ce qu’une femme dans le public l’interpelle.

Que fait-il de l’histoire du lieu ?

À partir de cette question, la visite bascule. Le bâtiment devient le point de départ pour raconter celles et ceux qui ont vécu ici ou dans ses environs.

La Seconde Guerre mondiale devient alors une histoire de femmes et d’hommes : Germaine Degrond et Denise Déjardin, résistantes ; François Pons, maire de Verneuil ; Henry William Shurlds, pilote américain dont l’avion s’est écrasé dans le bois de Verneuil ; mais aussi Mme Bergaud, à l’origine de la construction du manoir.

Et même le passage du général Eisenhower dans le manoir, quelques heures avant la Libération de Paris, prend une autre dimension lorsqu’il est replacé dans cette succession de destins.

Faire entrer les spectateurs dans l’histoire

La particularité d’une visite théâtralisée est aussi de ne pas laisser le public simplement regarder.

À Verneuil, une comédienne était dissimulée parmi les spectateurs et intervenait progressivement pour incarner différents personnages féminins. Deux spectateurs ont également accepté de devenir, le temps de quelques instants, des personnages de l’histoire avant que les comédiens professionnels ne prennent le relais.

Le public n’était donc plus seulement face à l’Histoire : il se trouvait au milieu d’elle.

C’est cette relation directe entre les comédiens, le lieu et les spectateurs qui nous intéresse particulièrement dans ce type de création.

La grande Histoire par les petites histoires

Au fond, notre intention était simple : raconter la grande Histoire en passant par les vies humaines.

Parce qu’un lieu patrimonial n’est pas seulement constitué de dates, d’architecture et de grands événements. Il est aussi fait de ceux qui y sont passés.

Comme nous le faisions dire aux personnages à la fin du spectacle :

« Un lieu n’est jamais qu’un lieu. Chaque lieu est fait d’une succession de vies, de souvenirs. »

Cette approche peut s’appliquer à bien d’autres lieux.

Un château peut devenir le point de départ d’une histoire familiale. Une ancienne usine peut faire revivre les ouvriers qui y travaillaient. Une maison peut raconter le destin de ceux qui l’ont habitée. Une ville peut faire entendre les voix de ses habitants d’hier.

Créer une visite théâtralisée sur mesure

À Verneuil-sur-Seine, nous avons proposé deux représentations d’environ 45 minutes, réunissant à chaque fois une cinquantaine de spectateurs.

Mais le format n’est pas figé.

La Villa des Légendes crée des visites théâtralisées et des spectacles historiques sur mesure, en fonction de l’histoire du lieu, de ses espaces, de ses publics et du projet de la collectivité ou de l’institution.

Quelques comédiens, un lieu chargé d’histoire et une écriture pensée spécifiquement pour lui peuvent parfois suffire à faire apparaître ce que les murs ne racontent plus.

Et c’est peut-être là que commence véritablement la médiation patrimoniale : quand l’Histoire cesse d’être seulement racontée et qu’elle recommence, le temps d’une visite, à être vécue.

« On ne peut pas raconter l’Histoire… »

« Si on commence par la détruire. »

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